Entretien avec Marc Davidovici
Publié le 04/03/2026
Le club INSEP ALUMNI accompagne des sportifs depuis plus de 20 ans. Quel est votre rôle aujourd’hui ?
Ancien sprinteur de haut niveau, je co- préside aujourd’hui, avec Stéphane Traineau ,le club INSEP ALUMNI, une structure créée en 2002.
Notre mission est d’accompagner les sportifs à l aide de bourses, grâce à des mises en relation avec des chefs d’entreprise. L’objectif est aussi d’ouvrir des perspectives professionnelles aux sportifs.
Nous remettons aussi 2 Grands prix : Le Prix J.MAIGROT au meilleur entraîneur et le prix M.OSTERMEYER à un ex SHN ayant réussi sa reconversion.
Nous ne sommes pas une structure de reconversion, mais nous créons des passerelles. Nous mettons en binôme des sportifs et des dirigeants, ce qui permet de faciliter des immersions, d’aider à l’embauche ou à la création d’entreprise. Beaucoup de nos partenaires (45. ) ont même accompagné des athlètes vers les JOPPARIS 2024 mais aussi vers l’après. Nous avons également crée “Team Réussite” avec l' institut du mentorat d’entreprise, qui propose, une bourse, du mentorat, en relation avec des entreprises engagées dans l’accompagnement à la transition professionnelle.
Notre rôle est souvent celui du premier lien.
A quel moment faut-il commencer à parler de reconversion ?
Dès le début !
Ce qui me frappe, c’est ce décalage : au début de carrière, les sportifs disent : “J’ai le temps” et en fin de carrière, ils disent : “Je n’ai pas eu le temps”. Il ne s’agit pas d’imposer un choix à 18 ans, mais plutôt de créer une prise de conscience progressive et d’encourager les rencontres. La reconversion se prépare par les liens que l’on tisse : avec des entreprises, des dirigeants, des environnements…
Comment repérer qu’un sportif n’est pas préparé ?
C’est très clair ! Nous proposons à nos SHN de remplir un formulaire avec une question orientée reconversion. Beaucoup ne se projettent pas. Le but est surtout de créer un déclic, pas forcément un projet clair tout de suite. Par exemple, certains athlètes changent complètement de voie une fois exposés à d’autres univers. Je pense à un kayakiste qui, après les Jeux, voulait devenir commercial. En discutant avec son Mécène - chef d’entreprise, avec lequel il avait noué des liens, il a réalisé qu’il aimait profondément la nature. Il a finalement créé son entreprise d’élagage, et le chef d'entreprise l’a aidé à franchir les étapes et les freins (administratifs…).
La préparation de l’après impacte-t-elle la performance ?
Pas directement, puisque la performance se construit d’abord par l’entraînement et la rigueur mais cette préparation de l' après peut aussi la freiner. Mais indirectement, oui : quand un sportif sait qu’il a trouvé une voie possible, obtenu un diplôme, trouvé un réseau, il est plus serein et cela lui enlève un poids. Il peut se concentrer sur ses performances. J’ai aussi en tête l’exemple récent d’une joueuse de para-tennis de table, en alternance pendant deux ans dans son entreprise partenaire . Elle a découvert un univers, développé des compétences, puis arrêté la compétition après JOPPARIS avec une formation et un horizon éclairci.
Quels sont les freins que vous observez le plus ?
Il y a des freins internes, comme la difficulté à se détacher d’une identité exclusivement sportive. Mais il y a aussi des freins externes, comme la pression financière, le manque d’aides, surtout pour les para sportifs. Certains entraîneurs privilégient la relation humaine, d’autres sont davantage focalisés sur le résultat. Quand l’humain reste au centre, la projection devient possible et les freins s' amenuisent .
Quelle est la principale difficulté en fin de carrière ?
L' impression de vide, de manque. La vie d’un sportif est intense, entre voyages, compétitions, stages collectifs, reconnaissance… Ils vivent des expériences uniques ! Le jour où cela s’arrête, la rupture peut être brutale. Si la reconversion n’a pas été préparée, une angoisse vient se greffer au manque. C’est une double peine.
La reconstruction est-elle différente selon les sports ?
Oui, très clairement. Dans les sports collectifs, le rebond est souvent facilité par l’habitude du groupe. Le collectif crée des liens, de l’entraide, et de l’altruisme. On est moins seul face à la transition, on a des modèles face à soi et plus d'opportunités. Dans les sports individuels, l’athlète est plus isolé, donc la reconstruction peut être plus difficile. Avoir construit un double projet est primordial,mais la personnalité de chacun fait souvent la différence.
Y a-t-il une différence dans l’accompagnement ?
Aujourd’hui, des dispositifs existent : à l’INSEP, un accompagnement vers la reconversion existe, des formations, une aide psychologique est aussi proposée. Au Club INSEP alumni, l’accompagnement des chefs d’entreprise est primordial. Malheureusement, l’information reste dispersée.
Selon vous, que faudrait-il améliorer ?
Je pense qu’il manque une plateforme centralisée qui recense les informations, les formations, les dispositifs publics, l’accompagnement psychologique, les aides financières, les démarches administratives…Il s’agirait d’un site qui permette à chaque sportif de savoir vers qui se tourner selon sa situation et ses besoins. Les ressources existent, mais les sportifs, concentrés sur la performance, ne sont pas toujours disponibles et pas toujours bien informés.
Interview réalisée le 04 mars 2026 


