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“On les prépare à performer. Pas à vivre après."

Blog ITW - Parole d'Experts

Entretien avec Laurent Mabille

Reconversion-Emploi

Publié le 17/03/2026

Vous avez un parcours atypique. Qui êtes-vous aujourd’hui ?

Je viens du karaté. Un sport amateur non rémunéré que j’ai pratiqué pendant 30 ans. J’ai intégré l’équipe de France FFST (Fédération Française du Sport Travailliste) et obtenu un titre de vice-champion du tournoi mondial en 2003. J’ai aussi été, dès l’âge de 16 ans, arbitre régional, national et sur une rencontre internationale en kata et combat.

En parallèle, j’ai toujours évolué dans l’éducation : enseignant en économie-gestion (Education Nationale et école supérieure de commerce et management), travaillé avec la Fondation d’Auteuil, en passant par la direction de campus sous tutelle du ministère de l’Enseignement supérieur.

En 2017, j’ai créé une première entreprise d’accompagnement «  Coach in France ». Puis en 2022, j’ai lancé Coach In France Organisme de formation, dédiée à la formation et à la reconversion des sportifs.

Aujourd’hui, nous travaillons avec une cinquantaine de formateurs sur toute la France, du niveau départemental jusqu’à la Ligue 1, dans des disciplines variées : rugby, basket, tennis, football, hockey, arts martiaux…Nous accompagnons également des anciens sportifs en VAE pour devenir coach, formateur ou autre.

D’après vous, quand faut-il parler de reconversion ?

Dès le départ, car une blessure peut tout arrêter du jour au lendemain.

Le problème, c’est qu’on prépare les jeunes à devenir des performeurs, mais pas à devenir des adultes insérés dans la société. Dans les centres de formation professionnels, 95 % des jeunes n’ont aucun projet d’après-carrière. Certains ont tout sacrifié à 13 ans.

J’ai accompagné un jeune de 22 ans qui ne savait ni lire ni écrire correctement. Un autre n’avait ni brevet ni bac. Toute leur vie était centrée sur le sport.

C’est particulièrement le cas dans le football, un milieu à la fois d’espoir et d’échec massif.

À l’inverse, dans les sports individuels, les athlètes sont souvent obligés de se débrouiller, de chercher des sponsors, de financer eux-mêmes leur parcours… Cela les responsabilise davantage et cela se répercute dans leurs projets professionnels.

Quels sont les signaux d’alerte ?

L’absence de projet est un signal fort. Quand on pose la question : “Et après le sport ?” Et que la réponse est : “Je ne sais pas.” C’est une alarme, quel que soit l’âge.

La reconversion améliore-t-elle la performance ?

Oui, c’est évident, elle libère la charge mentale. Un sportif qui n’a pas besoin de se demander comment il va survivre demain s’entraîne mieux. On peut même aller jusqu’à dire que quand la tête et le corps sont alignés, l’entraînement est plus efficace.

Surtout, la formation doit être intégrée dans le parcours sportif. Quand on est obligé de travailler à côté pour payer son loyer, la performance devient plus difficile.

Les fédérations devraient inciter davantage à la formation. Beaucoup d’athlètes ne sont pas informés, et les formations sont souvent payantes. C’est un cercle vicieux : pas de diplôme → précarité → besoin de travailler → moins de performance → moins de revenus.

La solution, c’est vraiment la personnalisation des parcours : individualiser, adapter, et aménager le temps en fonction des besoins de chacun.

Quels sont les principaux freins ?

La pression financière revient souvent. En dehors du très haut niveau professionnel, la précarité est réelle.

Il y a aussi un manque d’éducation financière. Beaucoup d’intermédiaires gravitent autour des sportifs, sans sécuriser leur avenir.

Quelle est la principale difficulté en après carrière ?

Je dirais que c’est indéniablement la déconnexion avec le monde réel.

Les sportifs vivent dans l’intensité, la rigueur, l’adrénaline. Puis, du jour au lendemain, on leur demande d’accepter un rythme différent, parfois un travail qui ne fait pas sens. Il y a une frustration énorme : on passe d’un environnement d’exigence extrême à une normalité qui peut sembler fade.

Sans accompagnement psychologique, la transition peut être brutale. Malheureusement, tous les clubs ne disposent pas de préparateurs mentaux. Il faudrait éduquer davantage à ces enjeux.

Y a-t-il des disparités entre les sportifs ?

Le sport féminin reste extrêmement précaire. Dans certaines divisions, les salaires sont très faibles et le sujet de la maternité complexifie encore la trajectoire. Les sportifs en situation de handicap sont aussi concernés. Il faut former, accompagner, créer du lien social !