La vision de Ween-Hub
Publié le 19/01/2026
On aime raconter le sport à travers les podiums, les records et les exploits. On célèbre les trajectoires qui inspirent, les émotions partagées, les moments qui rassemblent. Mais pour celles et ceux qui vivent le sport au quotidien, la réalité est parfois plus complexe : derrière chaque médaille ou chaque titre, il y a une personne, une histoire, des choix, des sacrifices… et souvent beaucoup d’incertitudes.
Aujourd’hui, nombre de sportifs avancent sur un fil. Ils portent un projet de vie exigeant dans un environnement marqué par la précarité financière, la dépendance aux résultats et des dispositifs de soutien parfois trop étroits pour embrasser la totalité de leurs besoins et surtout la totalité des sportifs. Tant que les médailles tombent, cette fragilité reste en arrière-plan mais, dès que les résultats se tassent ou que le corps dit stop, tout réapparaît avec une force brutale.
Le financement du sport repose encore largement sur des logiques verticales, s’appuyant sur les grandes structures publiques, les fondations, les grands groupes économiques et des dispositifs centralisés par nos institutions. Depuis des dizaines d’années, ces acteurs ont permis des avancées majeures et continuent de jouer un rôle essentiel selon leurs moyens. Mais leurs légitimes besoins de retour sur investissement, visibilité et l’image, performance immédiate et objectifs de médailles, touchent parfois leurs limites dès lors qu’il s’agit de prendre en compte des individus dans la durée, indépendamment de ses enjeux.
À cela s’ajoute un contexte économique et politique plus tendu. L’après-Jeux Olympiques voit les moyens se resserrer. Les budgets sont renégociés, les priorités réévaluées. Les ressources vont naturellement vers les profils jugés les plus “rentables” en termes de médailles et d’image. Là encore, ce n’est pas une question de morale : c’est la logique d’un système dont les règles sont claires et connues. Mais pour beaucoup cette logique de solidarité, de convergence des intérêts (comme nous l’explique le philosophe André Comte-Sponville), est rude.
Pour les sportifs, cela se traduit par une même équation : comment s’engager pleinement dans une carrière, tout en sachant que l’avenir reste flou et les ressources incertaines ? Comment pouvoir compter sur le système qui les soutien quand les résultats baissent ou que projecteurs s’éteignent ? Le sport continue de faire rêver, mais il fait aussi basculer certains dans la perte de repères, la fatigue psychologique, voire la perte de sens, conduisant parfois malheureusement à des drames.
Aux yeux du grand public, le sportif est « privilégié » car il exerce un métier passion, un métier plaisir qui l’amène à s’accomplir, à être reconnu et parfois admiré. Mais cette représentation est loins ce qu’il vit réellement car derrière les projections collectives, il y a des hommes et des femmes qui construisent leur vie sur un terreau de fragilités et d’incertitudes alimenté par : la précarité, la pression, la brièveté des carrières, l’angoisse du “après”..
Bien sûr, il existe des élans de générosité. Ils naissent souvent d’une histoire singulière, d’un parcours qui touche, d’une performance qui marque. Mais ces élans de générosité restent ponctuels, liés à l’émotion d’un instant. Mais qu’en est-il de mécanismes de générosité structurés, durables, pensés pour accompagner les sportifs dans toutes les dimensions de leur parcours : sportif, personnel, professionnel.
Étymologiquement, le mot crise (du grec « krisis » séparation) désigne un événement brutal, une rupture. Mais il désigne aussi une évolution longue qui révèle des faiblesses structurelles, inhérentes à un système. En cela, le financement du sport n’est-il pas en crise ? : là où la rareté des ressources, la fragilisation des modèles existants et les attentes des nouvelles générations nous obligent à inventer autre chose ?
Et si 2026 était un temps de bascule pour le sport, l’occasion d’inventer une autre forme de financement des besoins des sportifs ? Un financement qui se traduirait par une générosité durable qui vendrait des anciens sportifs (retraités) qui choisiraient de soutenir les sportifs en activité. Une générosité qui viendrait du grand public qui choisiraient de donner un peu pour que le sport continu de les faire rêver. Une générosité qui viendrait de mécènes qui choisiraient de soutenir les sportifs, non pas seulement pour une saison ou des médailles, mais aussi et surtout pour une trajectoire de vie. Un engagement plus horizontal, moins conditionné au résultat, plus lié à l’idée de transmettre, de renvoyer l’ascenseur, de préserver ce que le sport a de plus précieux : l’être humain derrière le sportifs et son désir d’accomplissement.
Ween Hub est né de cette intuition. L’intuition qu’il est possible de créer un lieu où se croisent :
- des sportifs en quête de repères et de moyens pour se construire,
- des anciens sportifs qui souhaitent partager leur expérience et leurs ressources,
- des experts prêts à mettre leurs compétences au service de projets de vie,
- des mécènes qui ne veulent pas seulement “acheter” de la visibilité, mais contribuer à une histoire plus grande qu’eux.
Un lieu où l’on parle autant de performance que de transition, autant de projet de vie que de projet sportif. Un lieu qui pourrait devenir, à terme, le réceptacle d’un nouveau type de financement du sport : plus diffus, plus modeste peut-être, mais plus structurant.
2026 peut marquer un temps de bascule. Celui où à la solidarité des terrains, se manifeste hors des terrains. Celui où tous les anciens sportifs, décident de devenir solidaires des sportifs en activité. Celui où le financement du sports passe d’une logique verticale à une logique horizontale. Nous ne prétendons pas détenir la réponse, mais nous portons une certitude : le jour où nous accepterons collectivement de remettre l’humain au centre, le sport retrouvera pleinement ce qu’il a de plus fort à offrir : la capacité d’aider chacun à s’accomplir autrement devenir qui il est pleinement.



